La motricité libre chez le tout-petit

Et si c’était en les laissant faire que les enfants apprenaient encore le mieux ?

Théorie éducative des années 30, la motricité libre suscite encore aujourd’hui un intérêt grandissant, en portant notamment un regard « bienveillant » sur l’enfant.

Les enfants se construisent tous sur le même schéma de développement
Présente bien avant la naissance, la motricité est un ensemble de fonctions biologiques qui assurent le mouvement. Médecin pédiatre hongroise, Emmi Pikler a mis en évidence, dans les années 1930, que le développement moteur de l’enfant s’organise selon un schéma de maturation, identique pour chaque enfant. Celui-ci s’affirme, dans un ordre donné, quelque soit l’enfant, sans enseignement pourvu qu’on laisse à l’enfant les moyens de le faire.
Ses travaux de recherche l’amènent à concevoir une théorie éducative qui repose sur la libre activité de l’enfant.

Du « couché sur le dos » à « la marche assurée », les enfants passent tous par les mêmes acquisitions motrices
«Il ne tient pas encore assis ? » « Elle ne marche pas encore ? » : autant de remarques qui peuvent vous faire douter, parents, des capacités de votre jeune enfant !
Motricité libre  =  aller à son rythme
Rassurez-vous !!
Votre enfant franchit les étapes de la position horizontale à la position verticale dans le même « ordre » que les autres enfants, mais à son propre rythme et à sa manière.
Nul besoin de « bruler les étapes »
Face aux remarques de l’entourage, il est parfois tentant d’intervenir pour donner un « petit coup de pouce » à cette évolution motrice.
Mettre votre enfant en position assise n’accélèrera pas son apprentissage. Le développement de votre enfant est inscrit dans un continuum, il n’est pas une série d’étapes indépendantes les unes des autres.motricité libre IMG_2093.JPG
Aussi passer d’une position à une autre nécessite, pour votre enfant de connaître (donc d’avoir expérimenté) les mouvements et actions nécessaires pour l’atteindre. Toute étape non franchie naturellement pour l’enfant ne fait qu’entraver son développement.
L’important n’est donc pas la rapidité d’acquisition mais la qualité de la maitrise de chaque acquisition.
Nul besoin d’apprendre 
!
Être actif est une nécessité pour l’enfant, qui exerce spontanément ses mouvements. Il cherche de lui-même à adapter ses gestes, ses déplacements à ses propres capacités en fonction des caractéristiques des objets qui l’entourent. Apprendre à l’enfant n’est pas nécessaire.
C’est la répétition de ces mouvements qui vont lui permettre d’exercer un contrôle sur ses capacités motrices. Chaque nouvelle action, aussi minime qu’elle soit, apporte satisfaction à l’enfant. C’est de cette satisfaction que nait un sentiment de compétences, moteur de ses nouvelles acquisitions.

C’est par l’activité libre et autonome que se construit chez votre enfant un sentiment de sécurité.
On peut, à juste titre, avoir le sentiment que son enfant n’évolue pas très vite, il ne se retourne pas du dos au ventre alors que l’on constate autour de soi une évolution plus rapide chez les autres… Votre enfant est certainement dans une étape intermédiaire. Passer du dos au ventre, nécessite un passage indispensable par le coté. Cette étape nécessaire, permet un travail invisible à nos yeux, celui du renforcement musculaire et de la maitrise du geste.
Une fois l’étape acquise, votre enfant pourra se concentrer sur de nouvelles actions !

Motricité libre  =  liberté de mouvements
Motricité libre IMG_2305 Approche pédagogique reposant sur la libre activité de l’enfant
Si comme beaucoup de familles vous utilisez un transat, veillez à n’y mettre  votre enfant que de très courts moments dans la journée ; préférez à cela un tapis au sol, positionnez votre enfant de préférence sur le dos (position naturelle), il sera ainsi plus libre de choisir de se retourner ou s’asseoir, de rattraper le jouet lâché, sans votre aide.
C’est ça la motricité libre !

« Mais, les enfants aiment être assis ! » Un enfant qui a été mis assis redemandera à être dans cette position (c’est comme les sucreries, sic ! ;)). Quoi de plus agréable que de voir l’espace qui l’entoure sous un angle nouveau (et quel angle !) .
Cependant, les enfants n’acquièrent pas la position assise simplement parce qu’on les assoit. Le passage à cette position est un long travail, progressif, mettant en jeu la musculature, le rapport à l’espace, la maitrise du geste et la construction du schéma corporel. C’est dire s’il faut lui laisser son temps !

Il faut savoir qu’un enfant placé dans une situation qu’il ne maitrise pas, aura d’autant plus de difficulté à être actif qu’il se concentre pour tenir cette nouvelle position.

Et si votre enfant râle de temps à autre, ne vous précipitez pas pour le mettre dans une autre position! Il exprime peut-être justement la difficulté à maitriser une situation , mais : parlez-lui avant d’intervenir, expliquer lui ce qu’il peut éventuellement faire comme action pour se sortir de la situation.
Dans tous les cas encouragez-le !!motricité libre IMG_2298

S’il faut « laisser faire », faut-il donc ne rien faire ?
Le choix du matériel a toute son importance ici. Pour permettre cette liberté d’action à votre enfant, il vous faut aussi penser à :

  • Aménager l’espace dans lequel il évolue en fonction de ses acquisitions (tapis au sol, mobilier à sa hauteur)
  • Adapter ses jouets en fonction de ses acquisitions et de son développement
  • Ne lui mettez pas de chaussure trop tôt, qu’il puisse trouver librement ses appuis au sol
  • Choisissez des vêtements confortables, permettant des mouvements sans contrainte (large à la taille)
  • Limiter les séances « transat »
  • Proscrire le « youpala » ou autres « trotteur »
  • Parlez-lui avant d’intervenir

Et parce que parfois souvent, un dessin vaut mieux qu’un grand discours… Voici une très belle illustration de la motricité libre vu par Bougribouillons.

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